La Fondation

La mission de La Stadler-Trier Music Foundation / la Fondation Stadler-Trier pour la Musique est principalement de soutenir les jeunes talents dans le champ de la musique classique et de développer des activités pour ces artistes émergents. Les projets de la fondation sont ouverts aussi bien aux individus (étudiants et jeunes professionnels de nationalité tchèque, slovaque ou suisse sauf exception), qu’aux organisations, qui accompagnent le développement de nos talents en herbe, en leurs offrant des opportunités inspirantes, significatives et artistiquement précieuses. Avant sa mort, Jan Stadler a très soigneusement défini comment et à qui serait attribué le soutien de sa fondation.
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À propos du fondateur

Jan Stadler est né à Prague, le 9 juillet 1922. Il est issu d'une famille juive de commerçants, qui opérait dans la Vieille Ville de Prague. Parti de zéro, son père František Stadler, originaire de Strážov dans le massif de la forêt de Bohême (Šumava), devient un important négociant en tissus précieux en soie et en laine. Le magasin familial Stadler était situé au 12, rue Celetná. František Stadler était très friand de musique et d'art, tout comme sa femme Marta Trier, la mère de Jan Stadler. Celle-ci avait même un talent musical inné, qu'elle n’a pas pu pleinement développer en raison de la Première Guerre mondiale. Marta Trier a servi comme infirmière bénévole pendant les quatre années de guerre. Jan Stadler aspirait à exercer ses talents musicaux depuis son enfance, il a donc commencé à apprendre le violon à l'âge de six ans. Cependant, en raison d'une grave maladie rénale, il a dû abandonner le violon au bout de deux ans. Ses médecins lui ont toutefois permis de jouer du piano, qu'il a commencé à l'âge de dix ans. Les parents de Jan ont divorcé en 1936. La situation familiale difficile et les problèmes de santé ont fait que l'éducation musicale de Jan n'a pas été assez systématique. En 1938, les Stadler envoyèrent leur fils unique étudier en Suisse, espérant qu'une éducation de qualité et systématique au lycée francophone lui profiterait, ce qui fut le cas. Jan a amélioré ses compétences linguistiques en français, allemand, anglais et latin et a continué à étudier la musique.

En Suisse

Jan était justement en Suisse au moment de Munich, ce qui a fait de lui sur le champ un émigré. Il s'est retrouvé sans ressource financière, et en plus, sans droit à aucune activité lucrative. Il n’a terminé ses études secondaires que grâce à l'aide d'organisations internationales et de quelques amis dévoués. Finalement, il passe le bac avec succès et obtient ladite Maturité fédérale suisse. Après l'obtention de ce diplôme, les conditions se dégradent encore davantage. Bien que Jan se voit offrir une bourse pour étudier au célèbre Institut Ribeaupierre à Lausanne, la police suisse des étrangers ne donne pas son accord. Jan est bientôt interné et affecté comme garçon de ferme à Dizy. C’est en partie le gouvernement tchécoslovaque en exil qui le sort de cette situation en lui accordant une petite bourse pour qu’il puisse au moins faire des études agricoles à l'École Polytechnique de Zürich. Après de longs atermoiements officiels de la police étrangère, Jan a enfin pu alterner le camp d'internement et le travail à la ferme avec des études dans les amphithéâtres de Zurich, jusqu'en 1944. Pendant ses séjours à Zurich, il consacrait pratiquement tout son temps libre à des conférences sur la musicologie, la philosophie, la littérature et l'autoapprentissage dans ces domaines. Entre-temps, il postule pour entrer dans l'armée étrangère tchécoslovaque, et il est accepté. Juste avant de passer son deuxième examen d'État, il rejoint le front de Dunkerque où il demeurera jusqu'à la fin de la guerre.

Après la guerre

Après la guerre, Jan rentre chez lui en Tchécoslovaquie. Son retour est cruel. Ses parents et la grande majorité de ses proches ont péri. František et Marta Stadler ont perdu la vie dans le camp de concentration de Łódź. Seuls quelques cousins ont été sauvés grâce à une émigration opportune. Jan se retrouve complètement seul à Prague. Malgré ces circonstances difficiles, il se lance aussitôt dans l'étude de la musique, tout en essayant de garder l’entreprise de son père. Jan n’a pas d’affinités pour les affaires et de toute façon, ces activités sont stoppées par le coup d'État communiste de février 1948, à la suite duquel il perd la maison du 12 rue Celetná, propriété familiale de grande valeur. Formellement, Jan termine ses études en 1952 par un doctorat en histoire de la musique à la Faculté des Arts de l'Université Charles. Il rédige sa thèse en français sur le thème des Relations entre la littérature française et l’opéra jusqu’à l’influence éducatrice des encyclopédistes. Dans le même temps, il obtient un diplôme de français, lui permettant d'enseigner la langue à l'École nationale des langues. Jan maitrisait le français et l'allemand au niveau de sa langue natale, le tchèque. En plus il parlait couramment l'anglais, le latin et l'italien. À côté de son travail dans une école de langues, source d’un revenu régulier, Jan s’implique dans divers projets musicaux : il prépare des programmes pour le théâtre musical, travaille comme dramaturge vacataire sur divers sujets, rédige des critiques et des conférences.

En exil

Dans les années 50, la situation politique devient très tendue et Jan tombe en disgrâce auprès des structures dirigeantes. On le taxe d’ancien capitaliste d'origine juive et on l’empêche de développer sa carrière de musicologue, publiciste et dramaturge. Il refuse de rejoindre le Parti communiste, ce qui lui ferme pratiquement toutes les portes. Après des années difficiles de soucis existentiels, de subsistance pénible et de petits emplois sous-qualifiés, Jan décide en 1967 d'émigrer en Suisse, où par la suite il obtient l'asile politique. Il bénéficie alors du soutien financier social pour les demandeurs d'asile, grâce auquel il peut en Suisse, dans des circonstances modestes, commencer un nouveau chapitre de sa vie.

En Suisse, dans les années 1970, Jan étudie principalement la théorie de la musique et la direction d'orchestre. En plus des études de solfège au conservatoire, il suit un certain nombre de master classes de chefs d'orchestre renommés tels que Hans Swarowsky et Franco Ferrara. Parmi ses professeurs, il y a le chef d'orchestre, violoncelliste, pianiste et compositeur suisse Hans Münch, avec qui Jan se rend à Bâle. Il participe à d'autres master classes du violoncelliste Grigory Pyatigorsky et du violoniste Nathan Milstein. Il obtient même plusieurs opportunités de direction professionnelle, par exemple avec l'Orchestre de la Radio de Lausanne. Cependant, il n’arrive pas à développer pleinement sa carrière musicale de chef d'orchestre à son âge. Il a déjà 50 ans, ce qui est trop tard pour débuter une carrière de chef d'orchestre. Un destin difficile a privé Jan de la possibilité d’accomplir et de se réaliser dans ce qui lui était le plus cher, l’exercice du métier de musicien professionnel. Bien que Jan continue de travailler sans relâche pour progresser, qu’il étudie intensément la théorie de l'interprétation et les techniques de direction, ses efforts ne lui offrent pas d'opportunité concrète de production publique. Seul son riche monde intérieur profite finalement de tout ce qu'il a appris dans le domaine de la musique. Cette prise de conscience est logiquement une source de frustration profonde.

Après la chute du régime communiste

L'année 1989 est une date charnière pour Jan. À 67 ans, il suit avec intérêt les changements politiques et sociaux en Tchécoslovaquie. Il reprend contact avec plusieurs vieux amis de son pays natal. Peu à peu, il prend connaissance de la nouvelle situation et décide de se battre pour la récupération des biens familiaux nationalisés. Quelques années plus tard, le palais Hrzánský du 12 de la rue Celetná, et la villa familiale sis Prague 6 lui sont rendues dans le cadre de la restitution. Jan se trouve déjà à un âge avancé de la retraite, et il n’a plus la force physique ni l’énergie mentale de s’occuper personnellement du bien familial qui lui a été restitué dans un état délabré. Dès lors, il confie à des professionnels en Suisse la tâche de rénover autant que nécessaire et de louer la maison de Celetná, ce qui lui assurera une vie matérielle enfin confortable. À cause de la douleur liée au destin familial difficile et au fardeau émotionnel associé au devenir de la maison de Celetná, Jan ne reviendra jamais en République tchèque. Il est pourtant sensible au sort de la République tchèque, et en particulier de la musique tchèque et des musiciens tchèques. C'est pourquoi il réfléchit depuis déjà de nombreuses années, à une fondation musicale qui serait créée après sa mort. Elle aurait pour objectif de soutenir les jeunes talents musicaux de la République tchèque, de la Slovaquie et de la Suisse. Surtout ceux qui n'ont pas assez de moyens et de contacts clés, si nécessaires au développement et à la perspective d’une carrière réussie pour
les de talents exceptionnels. La vision de sa fondation musicale reflète donc tout ce dont Jan a eu tant besoin pendant sa jeunesse et dont il a manqué : l'opportunité de développer son talent musical dans une société libre, démocratique, ouverte et fonctionnelle, sans guerre, idéologie pervertie ou régime totalitaire.

Celetná 12

Conseil de Fondation

Charles
Spierer
Membre du conseil de la fondation

Né à Genève où il habite, Docteur en économie, mention économétrie et statistique, il a été lauréat du prix Wilsdorf (Thèse de Doctorat de grande qualité) en 1983 pour ses travaux sur la modélisation de la demande énergétique.

Après une carrière de chercheur et enseignant qui l’a conduit de l’Université de Genève à l’Ecole Polytechnique de Lausanne en passant par le Massachusetts Institute of Technologies, il s’est spécialisé dans le domaine de l’investissement immobilier, de la promotion et de la gérance dans lequel il exerce depuis 30 ans. Il est Vice-Président de l’Institut d’Etudes Immobilières et Vice-Président de Edmond de Rothschild Real Estate SICAV, société détenant plus de 1,3 milliards d'euros d'actifs immobiliers et cotée à la bourse suisse. Il est également Fellow Member de RICS (Royal Institution of Chartered Surveyors).

Magdalena
Nováčková
Membre du conseil de fondation et directrice auprès de la Fondation Stadler-Trier

Magdalena Nováčková est originaire de Prague où elle demeure. Diplômée en management de musique à la Faculté de musique AMU de Prague, elle a poursuivi ses études en gestion d’action culturelle à l'Université de Bordeaux III en France. Elle a acquis des expériences auprès de représentations étrangères (Ambassade du Canada, Institut français de Prague) et, par la suite, dans des organisations tchèques à but non lucratif et artistiques (Fondation Leontinka, Philharmonie tchèque et Fondation de la Charte 77). Avant la naissance de la Fondation Stadler-Trier, elle a été manager des partenariats et du mécénat dans le cadre du Festival International de Musique „Le Printemps de Prague“. Sous la direction du musicologue Petr Daněk, elle a obtenu son doctorat en production et gestion de la musique. Parallèlement, elle a enseigné la programmation artistique à la Faculté de musique et de danse à de Bratislava en Slovaquie. Son intérêt dans le domaine de la recherche est orienté vers des sujets de sociologie et de psychologie concernant la musique, liés à la dynamique de la vie humaine au 21er siècle. Elle aborde ces sujets au cours d’activités occasionnelles, étant souligné qu'elle privilégie clairement l'interview comme témoignage authentique de la vie et de la sensibilité du musicien. La famille de Magdalena Novackova a entretenu, avec Jan Stadler, une longue amitié qui s’est poursuivie durant plusieurs décennies.

Thierry
Wuarin
Membre du conseil de la fondation

Thierry Wuarin est né à Genève où il demeure. Licencié en droit et titulaire du brevet d’avocat, il a pratiqué au sein du Barreau de Genève jusqu’en mai 1996 lorsqu’il a été élu à la charge de juge et a intégré la Magistrature judiciaire de la République et Canton de Genève qu’il a quittée en fin d’année 2015. Pendant cette période, il a notamment présidé pendant plusieurs années le Tribunal de protection et siégé en qualité de membre du Conseil supérieur de la magistrature. A compter de 2016, il a repris une activité d’avocat.

Par ailleurs, il préside depuis onze ans le comité de l’Association d’Ethnomusicologie (ADEM), structure subventionnée par les pouvoirs publics genevois et vouée à la diffusion et l’enseignement des musiques et danses du monde. Depuis récemment, il préside le comité de l’Association Geneva International String Academy qui poursuit le but d’enrichir la formation et le développement de jeunes musiciens pratiquant les instruments à cordes et se destinant à une carrière professionnelle.